En effet, les pipes à opium chinoises existent en deux longueurs (soit : une quarantaine ou une soixantaine de centimètres) et leur fourneau peut donc se trouver à l’extrémité ou bien aux 2/3 de la longueur du fût.
Mais pourquoi donc ?
Parce qu'il fallait être un fumeur expérimenté pour utiliser une pipe courte.
Explication :
Pour être capable de pouvoir fumer seul, le fumeur devait avoir acquis au préalable une pratique régulière de plusieurs mois avant de posséder la délicate technique du «roulage» de la boulette d’opium, mais également la parfaite maîtrise du maintien de la température de celle-ci et du fourneau en céramique qui la reçoit
Car :
- trop chaude : l’opium coule ou bien s’enflamme et devient toxique (donc gâché) ;
- trop froide : la boulette ne colle pas au fourneau ou bien le trou d’aspiration se bouche rapidement.
Avant de réussir à fumer tout seul, le fumeur se faisait donc aider par un « pipe-boy » (ou plutôt pipe-girl dans les fumeries publiques) qui devait successivement :
1- préparer pour lui une boulette en réchauffant gentiment l’opium liquide jusqu’à progressivement le cuire jusqu'à pour pouvoir rouler celui-ci au bout d’une aiguille ;
2- coller adroitement la boulette obtenue sur le trou du fourneau préalablement chauffé à la bonne température ;
3- pratiquer dans celle-ci un petit trou de passage pour l’air chaud, en faisant tourner l’aiguille entre ses doigts ;
4- maintenir le fourneau juste à la bonne distance au-dessus de la lampe pour conserver la boulette à la température optimale durant tout le temps de l'aspiration complète par le fumeur.
Quatre opérations qui réclamaient chacune un long apprentissage avant de pouvoir être réussie parfaitement...
En l’absence d’un autre fumeur expérimenté de l'autre côté du plateau pour l’aider, le novice utilisait donc le savoir-faire d’un pipe-boy (ou boy-pipe en Indochine française), soit dans une fumerie, ou à son domicile s'il en avait les moyens.
Le boy devait donc tenir d’une main experte l’extrémité de la pipe juste à la bonne position au-dessus de la lampe durant le temps de l'aspiration de toute la boulette à l’intérieur du fourneau.
Pour ce faire, la pipe devait donc être munie d’une « poignée » (représentée par le 1/3 supplémentaire des pipes longues).
Les contacts physiques entre individus étant très codifiés en Asie et évités autant que possible, une petite butée, le « houdou » (l’arrêtoir en français) était prévu sur le fût au début de la partie « poignée », juste après la selle en métal supportant le fourneau, afin d’éviter tout contact involontaire entre les doigts du fumeur et ceux du boy.
Cet arrêtoir consiste le plus souvent, pour les pipes en bambou, en un reliquat du départ de branches au niveau d’un nœud. Dans les autres cas il est rapporté, souvent en ivoire sculpté dans les pipes de prestige, et peut devenir une véritable œuvre d’art à lui seul :
Incidemment, de nos jours les collectionneurs préfèrent plutôt les pipes longues – également appelées : 1/3-2/3 – probablement parce qu’elles correspondent d’avantage à l’image présente dans notre inconscient collectif, bien que les courtes soient plus rares...
Il existe pourtant de belles pipes courtes :
...en laque noire flammée...
...en ivoire gravé...
...en écaille de tortue...
...ou plus simplement en bambou.
Alors, votre pipe, longue ou courte ?...
Jicé
p.s. : il existe une autre sorte de pipes à opium courtes en Turquie/Iran/Afghanistan, mais leur emploi est sensiblement différent, le fumeur utilisant un charbon ardent au lieu d'une lampe à huile...


